mardi 21 avril 2009

A man lost in the city


Alfredo est tout de même un drôle de bougre . Alfredo était il y a peu de temps un militaire de base chargé d'exécuter les ordres de ses supérieurs sans trop réfléchir , il en a vu de toutes les couleurs et souvent du rouge . Alfredo est aujourd'hui un homme revenu de tout et pour tout dire dans cette ville de Chamara ou il réside en fantôme qui se respecte il cherche en vain un sens à son existence .
Ce qu'il voudrait c'est un boulot bien rangé et assez bien payé pour mettre un peu d'oseille de coté en attendant que se finisse cette maudite crise dont il entend parler nuit et jour ou qu'il soit et quoi qu'il fasse ! il n'en peut plus ! Cette vie qui consiste à diviser les humains en deux catégories : ceux qui ont le savoir et l'argent et ceux qui n'ont que leurs yeux pour pleurer .
Assis sur son lit dans le minuscule et quasi insalubre studio qu'il occupe depuis la fin de ses obligations militaires en Afghanistan , il songe à son sort et à celui des millions d'âmes pour qui survivre est un mot qui ne fait plus vraiment rêver .
Alfredo consigne ses pensées philosophiques chaque soir dans un cahier d'écolier . Un exercice qui lui permet de se défouler et d'occulter ainsi toute la violence enfouie qui l'anime depuis son retour de Kaboul .
Il se souvient avec effroi des jours ou on lui demandait d'abattre certains pseudo talibans réputés dangereux pour notre monde civilisé , il revoit comme s'il se trouvait encore au coeur des montagnes Afghanes cet enfant qui lui tendait la main pour avoir un peu d'eau afin d'étancher sa soif et qu'un de ses coéquipiers a abattu froidement car il faisait parti du camp ennemi .
-"Horreur ! aujourd'hui qui est l'ennemi ? Ou sont -ils celles et ceux qui prétendent du haut de leur insupportable suffisance nous enseigner le bien ? " se disait il en silence .
Alfredo se remit à noircir son cahier , écrasa son mégot dans le cendrier puis il finit par éteindre la lumière et s'endormit .

45 commentaires:

Laudith a dit…

Preumssss !!!

Quel superbe récit, tellement empli de vérité, combien sont revenus de ces terribles guerres marquésà jamais.

Tu m'épateras toujours par ta facilité d'écrire des textes, j'espère que tu publiéras un bouquin, un de ses quatre...

Bonne soirée l'artiste qui a plus d'une corde à son arc.

Laudith a dit…

Désolée pour les fautes, voilà ce que c'est de vouloir être la preumsss...

MUSEAREVELISE a dit…

Bonsoir, c'est vrai que tu écris très bien, ces rêves se sont-ils votalisés, pas facile de vivre dans la conjoncture actuelle, je te souhaite une bonne soirée à bientôt

ysa a dit…

Chouette texte et d'actualité.
Tu pourrais en faire une jolie chanson.....

Sic Luceat a dit…

Le soleil d’afghan avait une odeur d’opium, de musc de talibans.
Les balles perdues n’étaient jamais perdues pour certain, pour d’autres elles prenaient des airs de déjà vu. Un trou, une tombe, un cimetière. James, François et les autres n’avaient pas eu le temps de faire leur première prière, pas senti venir le vent brûlant des pavots, ni entendu venir les mortiers des lumières venant des cachots. Ce n’était pas du cinéma, juste un film en noir et sang. Sur le mur de torchis de cette espèce de caserne, de caverne, un Ecran noir ; Alfredo regardait les yeux perdus dans ce noir. A voir et à revoir au fond de ces nuits blanches, sur le bord du lit grinçant, le bruit perçant des armes au loin, tout en pensant inexorablement à la dernière scène. Celle qui vous brule la peau, celle qui vous explose en pleine figure, celle qui fait mal dans l’inside, celle qui vous ravage vos nuits illuminées, celle qui vous ronge les os jusqu’à la moelle, celle qui vous dit que vous ne reviendrez jamais, celle qui vous noie, vous fond en larmes avec votre arme. Les brûlures de la guerre vous arrosent à l’alcool à brûler. The end ; fin dans le fin dans le film, mais à l’instant ce n’était pas terminé. Mission impossible, c’était possible, dans la façon du possible. Les généraux étaient là, pour les états généraux, avec la levée et la mise aux couleurs, et toujours plus généreux avec de l’argent sale. On était de la marchandise, du sac à viande, de la friandise. Tout se marchandait pour un oui ou pour nom, pour une poignée de dollar ou pour une dose, pour une cartouche, ça sentait l’overdose, une balle au front ou dans le dos, nous, nous étions comme des marchands de chameaux, des marchands de tapis. Enroulé dans nos blindés, des fois c’était tapis rouge pour un ministre, une bande d’armée. On en perdait la boule jusqu’à Kaboul. Dans mon coin, je regardais Alfredo, on se parlait peu, mais nos regards en disaient long. Un œil complice. On suivait les ordres, pour sauver notre peau, pour aider les autres. Pour sortir de ce bourbier, où on ne voyait pas la fin, ça devenait comme un tourbillon. On tournait, détournait, on se retournait. Puis, à chacun son tour, puis à tour de rôle, enfin à qui le tour ?
A l’épaule, on avait notre papillon, notre ange gardien, celui qui prenait son envol sur le coup, à tir d’aile, c’était notre fusil mitrailleur. On mitraillait, on cartonnait, pour passer le temps, pour gagner du temps. Pour évacuer le stress, la presse. On faisait le gué, à attendre les alouettes, les hélicos, le ravitaillement. Tout cela, pour tuer le temps. Sur la table pliante de la chambrée, une médaille de bronze, insigne de la guerre, signe de la mort, sur le bord, une boîte en fer avec dans son cœur, une bague, une montre, une gourmette, un mouchoir pour panser les plaies. Au-dessus, un nom gravé sur le mur, c’était un copain. Maintenant, tu es parti Alfredo et moi aussi. J’ai quitté le désert, tout en désertant, je suis devenu mercenaire, pour une autre terre, je joue encore à la guéguerre, quelque soit le côté, c’est toujours pareil.
On se retrouvera là-haut, sur d’autres terres, plus sereine, un jour, avec des sirènes, il n’y aura plus de guerre, juste de l’amour for ever.

Amikalement
Sic

corinne a dit…

bonsoir, il va malheureusement le remplir son cahier avec tout ce qu'il a vu et vécu

D'atroces souffrances qu'il ne pourra jamais oublier
bisous

maevina a dit…

on peut dire que Fredo a une tête!
mais ce qui est dedans....pourra t il l'accepter un jour

herbert a dit…

Bonjour, Jean-Philippe.
Ton texte est émouvant . La sobrièté du style lui confère une authencité qui touche le lecteur.
Combien y-a-t-il de cahiers d'écolier qui s'ouvrent chaque jour dans le monde ?

Merci beaucoup.
Bonne journée et bon courage.
Bien amicalement.

ellesurlalune a dit…

L'enfant est un soleil, lorsqu'il me regarde c'est de la lumière qui s'étend sur mon être . Son regard se ferme, un filet de sang coule le long de son nez, à présent et pour l'éternité j'ai froid...

Bérangère a dit…

un faux air de de Niro Alfredo nan ? Beau texte, bien écrit !

Gondolfo a dit…

Salut JP

Il est beau ton huron :)

Sinon pour te répondre, si tu lis bien tu verras que Marie n'a pas l'air de craindre le traquenard :)

Gondolfo a dit…

Sinon...oui la guerre...

Tu me fais penser avec ton texte à cette image d'un film bien connu où le soldat regarde un ventilateur au plafond et les pales d'hélicoptères s'imposent alros à ses nuits.

Té la mà Maria - Reus a dit…

Merci !!!

Thé Citron a dit…

Très beau récit, j'ai hâte de lire les pensées philosophiques de ce monsieur!

olhodopombo a dit…

pourquoi Alfred
in Afganistão?

Johanna a dit…

Ah, Robert... Pas forcément la photo la plus flatteuse mais quand même...

Jean-François a dit…

pure fiction ou petit brin d'autobio ?
y a du nerf, du coeur et surtout beaucoup de révolte...
à bientôt

armandie a dit…

Jean philippe j'aime beaucoup!!!
prendre ta plus belle plume pour décrire les désillusions de notre monde actuel est une idéé géniale. Parler c'est avancer, ne pas rester impuissant, c'est déjà prendre conscience et partager.
J'ai hâte de lire la suite.
baisers pour toi

Armandie

rsylvie a dit…

beaujour jeanphi
je ne crois pas qu'alfredo connaisse gaston !
cela lui aurait pourtant mis du baume au coeur...

je blague, mais le sujet est trop sérieux pour oser m'aventurer plus encore.
car ce que tu écris là, est le quotidien de bon nombres de jeunes (et moins jeunes aussi) revenus de l'horreur de la tuerie,,, et c'est vrai que pour eux, la société ne fait pas grand chose !

douce journée à toi
bisous

icone a dit…

100% d'accord avec laudith !!
à quand un roman de toi ?
J'aimerai t'entendre chanter...stp.
Je t'embrasse
Leila

Ambroise a dit…

Des rêves qui se perdent dans la noirceur d'une réalité. L'homme empreint de désirs transforme la terre en champs de bataille.

Merci pour cette lucidité textuelle.

Bien à toi.

Le Photon a dit…

Lorsque la distinction ami-ennemi n'est plus possible (cf. la théorie de Carl Schmitt), il ne reste qu'une volonté d'anéantir tout ce qui n'est pas soi : c'est la "guerre totale". Ce concept, né à la fin du XVIIIème siècle, a été mis en application durant les guerres révolutionnaires puis napoléoniennes, et par deux fois dans la période 1914-1945. Craignons que cela ne se répète pour un futur conflit, visant à prendre le contrôle de l'eau.

Viviane a dit…

J'aime ce récit, il est criant de vérité et en même criant de la complexité de notre humanité.
Il y a un Alfredo dans mon entourage et il ne s'en sort pas aussi bien que le tien.
Je te souhaite une bonne fin de semaine
gros bisous
Viviane

LP a dit…

Il écrit et il a bien raison. Thérapie par la plume pour ne pas fuir ses souvenirs par d'autres chimères.
Très beau texte.
Belle journée à toi.

le baladin a dit…

de retour ! un texte empreint d'actualitées on se demande toujours pourquoi des êtres sont nés pour faire de la chair à canon !! quand notre monde pourra t'il vivre dans la paix? !! en tous les cas je rejoint Laudith il y à de quoi écrire un livre tu à ce don de l'écriture qui nous emporte dans de grandes émotions !!! j'espère aussi un jour pouvoir lire un de tes livres !!! à bientôt !!!! amitiés phil

Michel Cornillon a dit…

Eh ben mon vieux, tu n'as pas changé. Deux mois sans venir sur ton blog (ce n'était nullement du désintérêt, tu le sais) et je te retrouve intact, et comme j'aime, et bravo !

Viviane a dit…

Bon dimanche
Bisous
Viviane

Patrick a dit…

De beaux mots Jean-Philippe pour évoquer le trouble de ces gosses confrontés à ces atrocités.Pour la plupart ils en reviennent marqués à jamais et ignorés de tous.

Amitiés.

PS: Remarquable également la réponse de Jean-Luc ( Sic Luceat )

Valerie a dit…

Triste histoire mais ta narration est tellement réaliste !
@ +

Françoise a dit…

Un très beau récit pour raconter une triste réalité...
Tu écris bien, Jean-Philippe, vraiment bien.

Je te souhaite une bonne semaine.

corinne a dit…

Un petit coucou en passant
J'espère que tu vas bien ???
Gros bisous

rsylvie a dit…

un p'tit beaujour jeanphi en passant.
douce journée à toi

didoff a dit…

Le bien, le mal, les gentils, les méchants, rien n'est jamais noir ou blanc, c'est toujours du gris...

rsylvie a dit…

Beaujour jean phi
dans le 61.. un p'tit coup pouce !
merci et douce journée à toi

OLIVIER a dit…

Bravo mon Pote !!!!
Tu as formidablement trouvé les mots pour décrire le mal être de beaucoup de personnes.
Merci pour ce beau texte !
Mes sincères amitiés,
OLIVIER

shanti a dit…

Tu vois moi c'est ça que j'aime. Ca se prend pas la tête, c'est vrai, ça touche...

choule[bnkr] a dit…

ça cogite bien trop dans la tête d'Alfredo. C'est pas bon.

koamae a dit…

Woah...Génial...

vince a dit…

Bérangère a eu la même réaction que moi.
cette tronche me rappelait De Niro.
je l'aurais juré. Et puis en regardant de plus près j'ai reconnu la verrue qu'il a sur la joue droite. Et en effet c'est bien Alfredo alias De Niro dans Taxi Driver qui est là.
texte bien ficelé.
chapeau!
a plus

chantal74 a dit…

Bonjour mon cher magicien, j'ai dévoré ton écrit sur lequel je me suis arrêtée aujourd'hui. Une vérité qu'il faudrait clamer encore plus fort.. plus de guerre et que l'on cesse d'envoyer des jeunes se faire massacrer pour des causes qui souvent engraissent les riches.
je te souhaite une bonne journée et je t'envoie plein de bisous de haute savoie
chantal

yabyum a dit…

Tres emouvant ce récit ....

nina de zio peppino a dit…

Nina/Alfredo. Juste un pas.
C'est d'enfer l'ami!

Azuldelmar a dit…

On oublie parfois que l'enfer existe et pas loin de nous. Ton billet suffit pour me faire comprendre que les petites tristesses qu'on peut éprouver dans nos vies quotidiennes, sont un rien comparées à la violence et la peur sévies par certains peuples.

écureuil bleu a dit…

C'est un beau récit mais j'attend la suite...

dourvac'h a dit…

"Cette vie qui consiste à diviser les humains en deux catégories : ceux qui ont le savoir et l'argent et ceux qui n'ont que leurs yeux pour pleurer ."

Bin, va falloir qu' ça change...

Cher Jean-Philippe, quel incipit !!! Voilà qui promet... le regard chargé de traits psychopathiques de Robert de Niro est là pour nous guider tel un nouveau "Taxi Driver" au royaume des âmes pas tout à fait mortes... Juste un point de détail : ton texte a deux "ou" sans accent... pour "où"...

Un sacré VRAI talent, mon vieux, tu as ! Quelle maîtrise du récit !!! Ton style est... inimitable... A côté, les 1.001 clichetons des historiettes mal fagotées de la star Vargas paraissent miteuses comme une descente de lit d'hôtel borgne... (un peu d' Littérature comparée n'a jamais fait d' mal à personne !)

Et j'ai répondu par chez moi à ton précieux billet ! Amitié...